Par Maude Lamarche, étudiante au baccalauréat en urbanisme, UQÀM et secrétaire de Zoom-Cité, en échange à l’Université Lumière Lyon II pour le semestre d’hiver 2011
Toutes les grandes métropoles du monde se doivent de posséder un système de transport en commun performant et la présence d’un métro, souterrain ou non, dénote d’une grande force d’attraction et de rayonnement. Le métro de Montréal est, aux yeux des Montréalais, assez banal et même souvent critiqué. On oublie effectivement souvent à quel point ce métro est unique de par l’architecture propre à chaque station. La station Berri-UQÀM par exemple, que la majorité des usagers du métro empruntent fréquemment, contient trois fresques inspirées de l’Expo 67 réalisées par Robert Lapalme, ainsi qu’une verrière de Pierre Gaboriau et Pierre Osterrath qui représente les fondateurs de Montréal : Dauversière, Maisonneuve et Mance. Quelle est l’histoire de ce métro? Quel était son projet d’origine et que pourrait-il devenir dans un idéal avenir?
Brève historique du métro au niveau mondial
En Europe, l’arrivée du métro s’est manifestée bien des décennies avant que l’idée ne soit évoquée concrètement en Amérique. C’est effectivement à Londres que le premier métro est apparu en 1863; le « London Metropolitan », un train à vapeur souterrain révolutionnait alors le monde du transport. Ensuite implanté à Athènes en 1869 et à Istanbul en 1871, le système à vapeur présenta rapidement quelques problèmes techniques quant à l’aération des conduits souterrains et c’est en 1890 que Londres inaugura le premier vrai métro électrique. Paris suivi la tendance en 1900. Les métros traversèrent l’océan Atlantique où le premier métro américain vu le jour à Boston en 1898, puis à New-York en 1904.
Contexte montréalais
La pression est donc forte et pour se venter d’être une ville internationale de calibre, Montréal se doit de mettre en œuvre un plan de métro viable. Les premiers projets de métro à Montréal datent d’ailleurs du début du siècle, vers 1910, quelques années après que soit implanté les tramways électriques. Le 15 mai 1902 est donc créée la Compagnie du passage souterrain de Montréal (Montreal Subway Co.) par une loi fédérale pour pousser le projet à aller de l’avant. Le premier projet documenté d’un métro souterrain de Montréal date de 1910 et plusieurs études et projets suivront, sans réel succès ou volonté politique. Les questions habituelles se posent toujours, celles du financement : qui financera? Sera-t-il un projet public ou privé? À qui iront les profits? Qui s’occupera de la gestion du réseau, de l’entretien? En effet, au début du siècle, les compagnies de transport sont essentiellement privées.
Avec tous ces projets et recommandations de métro souterrain, il va sans dire que la nécessité d’un transport en commun alternatif pour décongestionner le réseau routier ne date pas d’hier, et surtout pas des années 60. Plusieurs études et documents des années 1920 le prouvent d’ailleurs. Pourquoi donc le projet avait-il été mis de côté? Dans les années 1930, après le krach boursier de 1929, l’économie est profondément bousculée et les fonds publics sont injectés dans des programmes d’aide au citoyen et de reprise économique des entreprises. Le taux de chômage explose et, par conséquent, la circulation routière ainsi que le niveau d’achalandage du réseau de transport en commun sont en chute libre. Les problèmes de congestion sont loin derrière dans la liste de priorités des gouvernements et des citoyens; le projet de métro de Montréal est donc mis sur les tablettes, pour l’instant.
La reprise économique de l’après-guerre ravive les préoccupations dues à la congestion urbaine et le métro refait donc surface dans les projets collectifs. En mai 1944, la Compagnie des tramways, entreprise privée qui gérait, à l’époque, le réseau de tramways de la métropole, présente un Plan de métro au Conseil économique métropolitain de Montréal. Le projet ne divague pas des plans originalement présentés dans les années 1920. Il propose en fait un réseau composé de trois lignes, dont une, est-ouest, qui serait souterraine entre Atwater et Amherst. En 1949, on forme la Commission d’étude des problèmes de circulation et du transport de Montréal pour analyser et trouver solutions à la problématique routière du grand Montréal. Parmi ses recommandations, la Commission y inscrit la construction d’un éventuel métro qui désengorgerait le réseau. Parallèlement, cette même Commission proposait d’éliminer la plupart des voies de tramways existantes. Malgré le fait que déjà quelques milliers de plans relatifs au réseau de métro avaient déjà été réalisés, des sondages de sol et autres analyses furent entrepris pour vérifier la viabilité d’un tel réseau souterrain. Il faudra attendre 1950 pour que la ville de Montréal crée une Commission de transport de Montréal (CTM), qui sera l’ancêtre de la Société de Transport de Montréal (STM) actuelle. La Compagnie de Tramways, qui avait alors le monopole, disparaît au profit de la société publique. S’en suit des procédures administratives et politiques de toutes sortes : la CTM doit réaliser une étude sur les problèmes de transport, mais ne peut construire un métro.
C’est seulement dans les années 60, avec la course à l’élection municipale, que le métro de Montréal redevient un projet concret. Jean Drapeau en fait son cheval de bataille et le métro de Montréal semble alors voué à une réelle concrétisation. En effet, avec l’accélération démographique de l’après-guerre, l’avènement de l’automobile qui crée une problématique palpable de trafic routier et la nomination de Montréal comme ville-hôtesse de l’exposition universelle de 1967, la nécessité de développer un nouveau plan de transport se fait sentir plus que jamais. Le candidat en tête, Jean Drapeau, vise donc dans le mile avec un projet rassembleur de réseau de métro. Avec un réseau de transport alternatif performant, la métropole de Montréal pourrait alors rivaliser avec les grandes villes d’Amérique. En novembre 1961, le Conseil municipal de Montréal vote d’ailleurs un budget afin de réaliser la construction dudit métro et le Bureau du Métro créé, les travaux débutent en mai 1962. Montréal devint à ce moment la 8e ville en Amérique du Nord et la 26e au Monde à exploiter un réseau souterrain de transport en commun.
Les deux premières lignes sont celles de Saint-Denis et de Sainte-Catherine, artères à l’époque les plus achalandées de Montréal. Puis, avec l’annonce de l’Expo’67 sur l’île Sainte-Hélène, la ligne 4 passant sous le fleuve vers Longueuil est construite en hâte. Le métro est enfin inauguré le 14 octobre 1966, après une cinquantaine d’années de discutions et de projets mis de côté. Le métro connaîtra ensuite deux phases d’expansion. L’une à l’occasion des Jeux Olympiques de 1976 et l’autre dans les années 1980. Depuis ce temps, le métro est resté comme on le connaît maintenant, à l’exception de la récente expansion vers Laval.
« Un métro idéal »
Il est étonnant de constater que la projection du métro à l’origine dépassait largement la réalisation actuelle de celui-ci. En effet, en 1967 on prévoyait 8 lignes de métro pour 1982, dont pas moins de 4 accès vers Laval. En analysant rapidement le plan ci-dessous, on se rend compte que le métro que l’on connaît ne ressemble en rien à ce plan visionnaire que l’on aimerait bien avoir concrètement sur l’île de Montréal!
À quoi pourrait ressembler le métro de Montréal si les mentalités et les volontés politiques étaient allé dans la direction de la mise en valeur d’un réseau de transport en commun performant et compétitif? Quel serait votre métro idéal? Évidemment, la question diffère selon la provenance de l’interlocuteur. Étant moi-même une fille de l’est, de la banlieue est même dirais-je, ma vision d’un métro idéal s’étend plutôt vers l’est de la ville en passant par Pointe-aux-trembles, Anjou et l’arrondissement Rosemont-Petite-Patrie (qui n’a que des autobus et, il faut le dire, une magnifique piste cyclable) pour se rendre au centre-ville. Ainsi, la ligne verte serait libérée de plusieurs passagers en provenance de Pointe-aux-Trembles ou d’Anjou. Ligne verte qui est, aux heures de pointes, complètement saturée; il faut parfois attendre le 3e train pour se faire une petite place dans un wagon bondé d’étudiants et travailleurs entassés. Si on demande à une personne qui vient plutôt de l’ouest de la ville, il répondra tout autant de ses références personnelles que l’arrondissement Notre-Dame-de-Grâce est très mal desservi, ainsi que Pointe-Claire. Et que dire de l’aéroport P-É-T? Le plan d’origine reliait le réseau à ce dernier, pourquoi ce raccordement n’est-il pas encore réalisé? C’est ce que dirait probablement un touriste habitué à voyager par transport en commun efficace. En discutant, j’ai par ailleurs remarqué que plusieurs solutions son envisageables, comme, notamment, l’idée d’instaurer deux lignes qui couperaient le réseau actuel vers le centre-ville en forme de « X », desservant ainsi vers l’est Rosemont-Petite-Patrie vers Saint-Léonard ou Anjou et, vers l’Ouest, Outremont, l’Université de Montréal et l’aéroport. Autant d’idées et si peu d’entreprenariat politique pour un métro d’une ville dite internationale. À croire qu’il faudra un évènement majeur à la hauteur de l’Exposition universelle de 1967 ou les Jeux Olympiques de 1976 pour raviver l’esprit des politiciens montréalais.
En attendant, on peut toujours suivre les projets de réfection de la rue Notre-Dame (qui traîne depuis 10 ans), le réaménagement de l’Échangeur Turcot, ou encore mieux le prolongement de l’autoroute 30 vers Laval…Ce beau métro ne mérite-il pas une expansion digne du « Grand Montréal »?
Sources :